7 septembre 2026

Au début d’Eurava, nous pensions que l’actionnariat serait la question la plus simple : une entreprise est européenne ou ne l’est pas, il suffit de vérifier. Une semaine de lecture des registres nous a montré que le mot « détenue » recouvrait beaucoup de choses et que chaque définition incluait ou excluait des cas inattendus.
Le problème du capital flottant
Prenons une grande société cotée, ancienne, fondée et basée en Europe, connue de tous. Une part importante, parfois majoritaire, de son capital est détenue par des fonds indiciels, fonds de pension et gestionnaires d’actifs, dont les plus grands sont américains. Est-elle détenue par des Européens ?
À compter strictement les actions, peut-être pas. Pourtant, salariés, clients et régulateurs ne la qualifieraient pas d’américaine. Ces fonds ne la dirigent pas ; ils détiennent des parts d’entreprises partout et votent selon leurs politiques. Le contrôle relève du conseil, du marché de cotation et du droit applicable. La propriété sur le papier et le contrôle pratique se séparent, et la réponse formelle est parfois moins utile.
Le problème du contrôle
Considérons le cas inverse : un fabricant familial, une usine dans la même ville depuis quatre-vingts ans, une production toujours locale. La famille a vendu à un fonds d’investissement d’un autre continent. Le nom, les salariés et le récit des origines n’ont pas changé. Toutes les actions appartiennent indirectement au fonds. L’entreprise est-elle détenue par des Européens ?
Sur le terrain, elle paraît plus européenne que le géant coté. Du point de vue de la propriété, elle ne l’est pas : les bénéfices et la stratégie sont dirigés à l’étranger et l’avenir suit le calendrier de sortie du fonds. Une définition honnête doit distinguer ce cas, pourtant difficile à repérer puisque rien de visible n’a changé.
Le test que nous avons retenu
Notre test comporte trois éléments, tous nécessaires : un siège en Europe, où sont prises les décisions ; une immatriculation en Europe, qui détermine le droit de la société ; puis soit une cotation sur une place européenne, soit des propriétaires ultimes européens.
Le volet cotation contourne le problème du flottant : une société cotée européenne est admise quels que soient ses actionnaires, en considérant que le contrôle ne réside pas dans les actions. Le volet propriétaire ultime remonte les sociétés holdings jusqu’au sommet. Un fonds européen est traité comme propriétaire européen même si ses investisseurs peuvent être de toute origine : il faut fixer une limite commune à l’analyse.
Les cas qui restent difficiles
Une immatriculation purement fiscale en Europe avec une direction réelle ailleurs est exclue par le critère du siège, si nous pouvons l’établir. Une coentreprise avec des propriétaires sur deux continents n’a pas de réponse simple. Un fondateur expatrié détenant toutes les actions est une personne, pas un lieu. Ces cas s’examinent individuellement, en explicitant la décision et la qualité des éléments. Faute de pouvoir décider, nous préférons ne pas conclure.
